Je ne sais pas où ranger cette amoncellement de souvenirs, à qui les donner ; faut-il les encadrer , les peindre, les photographier ? Mais comment ? Je ne sais pas. Je n'y avais jamais réelement pensé. Pourquoi ? Parce que j'ai toujours évité de penser à ce genre de futilités, je me contentais de vivre. Aujourd'hui tout est bien différent, j'ai peur d'oublier, de laisser s'envoler beaucoup de choses de ma mémoire sans les avoir vraiment racontées à quelqu'un. Je ne sais pas. Les petits détails de la vie sont ceux que j'ai le moins oubliés, ceux qui me procurent le plus de joie, encore aujourd'hui, quand j'y repense. Il n'y a pas grand chose. Quelques lettres, des bouts de papier grifonnés, quelques photos de mon enfance en noir et blanc, des cartes postales d'amis, l'odeur du bois, quelques bouts de ficelles de couleur, un bracelet en coquillage, un trèfle à quatre feuille ceuillit quand j'avais huit ans au parc de jeu, les crayons de couleurs usés de mes dix ans, mes cahiers d'école, mes dessins ratés, quelques tickets de cinéma, le piano de mon enfance, le vent qui souffle fort sur mon visage le dimanche matin, la mer du nord, l'Islande et mes plus belles vacances d'adolescente, les rayons de soleil le matin quand on vient à peine de se lever, la berceuse chantée par tante Olga, sa voix et son parfum qu'il me suffit de sentir sur quelqu'un d'autre pour me retrouver à nouveau dans ses bras, la pluie fine et tiède du mois d'août qui se glisse sous mes vêtements, les mélodies ennivrantes, les secrets d'écolier, les larmes, les rires, les sourirs échangés avec des inconnus, la joie de s'asseoire seule à une terrasse de café un matin d'été, la sensation d'être quelque chose, celle de n'être rien, la neige en avril, l'eau brûlante de la douche sur ma peau, le froid dans le cou, l'odeur du printemps, le thé à la bergamotte de ma grand mère, les bonbons à la violette, l'odeur de la menthe et celle du café le matin au réveil, les vacances à la mer en hiver, la fascination pour Pragues, pour Fez, les films qui décoiffent, les livres qui ont changé ma vie, les siestes dans l'herbe, les crêpes à minuit, les rencontres inatendues faites au coin d'une rue oubliée, les déclaration d'amour sous la mousse du bain, tout ça. Et la certitude que j'ai mis une vie entière à acquérir : celle que quoi que l'on ait pu tenter dans la vie, rien n'est jamais perdu, qu'il est toujours possible de tout recommencer et de vivre comme on le désire vraiment.